Samedi 1 décembre 2007
Mon corps de marée se fait la belle à l’ombre douce du pêcheur à la barque. C’est juillet d’automne, cœur sauvage et plein été. A moins que novembre ne s’engouffre à la perspective d’un solstice ou d’une hésitation.
 
Je m’ennuie de saison, ce rythme lassant qui pourtant bouleverse mon cœur. Comment pourrai-je encore vomir à tes nocturnes innommables ? Je me rends, l’âme toute liée, à ce mouvement dont je ne mesure pas l’ampleur.
 
Je suis sous marin, et quand l’idée même de ta pollution agite la nuit, je brandis comme un guerrier athée un drapeau de paix.
 
Les nuages ne s’amoncellent pas au ciel ; ils le réduisent dans un néant gris et impalpable.
 
 
 
Une fois de plus, une fois d’encore, à quelle rive dois-je me vouer ?
 
 
 
Je parcours le plan du lac, je m’ouvre à la mer, le fleuve rêvé emboîte mes pas. Se pourrait-il alors que je ne perde pieds ? De quel droit taire la réponse ? Me le diras-tu ?
 
Tes silences me sont aussi pesants que les ailes d’un ange. Tu virevoltes autour de mes nuits comme d’autres en chasseraient l’ennui. Papillon effrayé, ta raison de m’être s’affaire en peines perdues.
 
Rapides, mes bras s’en croisent. Comme l’eau soudain se fait douce. Comme mon sexe s’offre au liquide. Tout redevient chaud,  à l’image des dialogues d’un film de Rohmer. C’est à possible, ouverture chantée, c’est bleu, parfois c’est dans le rouge, mais c’est.
 
A cet être, je désire la demeure. Pardon de me retrancher sur des rivages qui te sont désormais inconnus. Je t’écrirai bientôt. Je te ferai l’invitation de la conjugaison. Je t’attendrai. De nos dix doigts, nous dessinerons des plages. Elles seront blondes. A croquer.  
par cyril berthault-jacquier publié dans : collaborations
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Mercredi 21 novembre 2007
J’ai dormi longtemps. Les jours et les nuits, les mois peut-être, se sont écoulés sans que je n’en mesure la portée. Ce fut un sommeil de plomb, proche de l’absence.
 
Puis un matin, je me suis réveillée. Je me suis étirée longuement, j’ai flemmardé encore un peu dans le chaud du lit. Tout me semblait normal, j’étais vivante, heureuse de ce jour à venir. Pourtant, rien n’était comme avant.
 
Ma maison n’était plus la même. Les meubles étaient différents. Je m’éveillais à une ville inconnue. Il n’y avait pas un bruit. J’ai regardé par les fenêtres, je ne vis personne. Sur une petite table de cuisine, il y avait un panier de figues, une bouteille de lait et du pain. Dans le salon, un livre d’un auteur japonais que je ne connaissais pas.
 
Je suis sortie sur le pas de la porte. C’était une ville blanche, un village serait plus juste, construit sur une colline. Il n’y avait pas de voitures. Les ruelles semblaient terriblement sinueuses. Il faisait beau, le soleil très en haut chauffait la pierre. A quelle saison étions-nous ? A quel continent respirait-on ? Je n’étais pas inquiète, j’étais simplement curieuse.
 
J’ai fait le tour de ma nouvelle demeure. Elle était modeste mais confortable. Je me suis refusée à toute question.
 
A l’arrière, se trouvait une grande pièce bien éclairée. J’y ai retrouvé mon vieux chevalet, mes pinceaux et mes brosses, des châssis et quelques pigments. Je n’avais à ce moment là pas l’envie de peindre. Qu’aurai-je pu esquisser sur la toile ? Les rêves sont difficiles à transcrire et de plus je ne rêvais pas puisque j’étais en vie.
 
J’ai passé là plusieurs jours à lire le livre de l’auteur japonais sans oser sortir de peur de me perdre. Le soir, je prenais mon repas devant la maison, je regardais les étoiles et le ciel, cherchais un indice jusqu’à ce que le sommeil me tombe dessus.
 
Au lendemain matin du quatrième jour, je me suis décidée à comprendre. Je suis allée dans l’atelier, me suis munie d’une large brosse et d’un pot de peinture rouge. A chaque cent pas, je traçais une croix qui m’aiderait à retrouver mon chemin.
 
J’ai aperçu d’autres femmes aux fenêtres des maisons. Toutes me saluèrent en souriant. Je n’ai pas entendu le son de leur voix. J’ai continué ma route, grimpant de ci de là, laissant au hasard le choix de mes pas. A un moment, j’eus l’impression, alors que le soleil était à son zénith, que jamais je ne parviendrai en haut de la colline. Pourtant l’air était de plus en plus frais, une brise marine aux senteurs d’héliotrope et de cédrat caressait mon cou.
 
A la deux cent troisième croix, j’étais arrivée au sommet. C’était une île. La mer s’étendait à perte de vue, belle surface lisse où l’horizon se conjugue avec le ciel. Je me suis assise en contemplant l’infini. J’ai laissé aller les larmes sans songer à les retenir. J’étais sereine et heureuse.
 
Je suis redescendue en gambadant et en fredonnant une vielle chanson italienne de mon enfance. Sur la table de cuisine, un panier plein m’attendait. J’ai mangé une figue, bu du lait et suis allée dans l’atelier.
 
J’ai peint toute la nuit, comme une folle, absente de moi-même, mélangeant les couches de couleurs et les glacis.
 
A l’aube, le portrait d’Icare était terminé. Il avait les ailes brisées.


Pour Livia Alessandrini
par cyril berthault-jacquier publié dans : court
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Lundi 12 novembre 2007
J’ai, d’un geste lent et sûr, donné du fil à tordre à quelques millimètres de peau. Une ouverture, plus qu’une trace, dessinée à la surface de ton épiderme, une incision de peu qui fit jaillir tous les sangs.
 
Ça charrie à mort ces turbulences ; des particules de rien incrustées au profond de tes organes. Il n’y a pas grand-chose d’autre à voir que cela : le spectacle du liquide qui coule et coule encore.
 
Dans mes yeux, une marre, sous mes paupières maquillées, une vase. 
 
Une vague plus haute que l’autre balaie l’océan à des heures et des miles de ma ville sèche. C’est en plein centre, cœur d’urbain, des corps nagent à tour de brasse.
 
J’aimerais dormir du soir au matin et réciproquement. Je ferme boutique à cinq, je lève le rideau à sept. A huit, je ne sais. A neuf, je mords une grosse pomme.    
 
Je m’en tourne du sol, rumeur automnale mordorée de tons, un bruit, une sirène. C’est quoi ce bain, ce bleu sur ton bras ?
 
Solitude de macadam, corps d’étreinte, sombres nos cernes, l’eau s’apaise, je tends vers une cible dont j’ignorerai toujours le nom.
 
Touché, d’encore, l’axe, un arc, retour immédiat, décalage, tes heures me comptent. Fermer l’œil quelques instants. Du haut des nuages, une barque sans rameur traverse un lac qui me reste inconnu.
 
8h45. Quelqu’un se présente à l’aéroport. Je crois le reconnaître. Il a une voiture prête à démarrer.
par cyril berthault-jacquier publié dans : court
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Lundi 12 novembre 2007
J’ai laissé aller mon corps de pierre au fil du ruisseau. Limons et algues ont durci ma carapace. De mes deux mains, je ne cherchais rien, pas même une brasse. Je ne fis que sentir l’eau couler et pénétrer les pores de ma peau. Ce fut lourd à digérer ces silences sous marin.
 
Il m’arrivait parfois d’ouvrir les lèvres. Je me nourrissais des éléments en présence. Je filtrais le liquide verdâtre comme on retient un souffle.
 
Je savais les berges proches. Je me savais nu tout autant.
 
 
J’ai ignoré longtemps les saisons des calendriers. Les neiges de l’hiver ne m’ont jamais refroidi. Les feuilles de l’automne n’ont jamais quitté l’arbre centenaire. Les jonquilles du printemps sont restées boutons ad vitam æternam. Je ne saurais parler de l’été. Mes yeux furent clos tout le temps de mon périple.
 
Je me suis éveillé, serein, par un étrange matin clair. La chambre était petite et sobre. Les volets étaient grands ouverts. La lumière était douce. Sans pour autant reconnaître le lieu, je ne me sentais pas dépaysé.
 
Il y avait au pied du lit sur lequel j’étais étendu, une grande malle. A l’intérieur, des livres de Rainer Maria Rilke semblaient vouloir m’attendre.
par cyril berthault-jacquier publié dans : collaborations
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Samedi 29 septembre 2007

CO2

J’aurais aimé défier, une à une toutes tes coutures, maquiller mes yeux, ne plus embrouiller le regard des uns sur celui des autres, me jeter proche de toi, respirer tout bas un mot de trois fois rien.
 
J’aurais aimé être capable d’une brise, d’une vertu hachée par le menu, de rejoindre de ma langue l’eau de tes lèvres. Je m’en balance des dais, de ces chiffres écrits sur le haut des nuages.
 
Cinq cents et un désirs conjugués aux corps accords, signé de là, un aveu solide comme une prouesse, j’aime un homme, une réalité certaine, calendes en affiche, rendez-vous de nuit, ce verre.
 
Je défile les pages du journal quotidien, tu glisses sur le gros du titre. Injecte moi ma dose de CO2, balance la, élève la voix. Signons le contrat sans broncher, avant que de peu, l’herbe fauchée ne nous refuse.
 
Moisson de cœurs, une pluie de proche nuit perturbe l’horizon. Je nous essuie de là, et quand l’issue s’offre au paysage, la vie du passant se cache en ailleurs.
 
Peux-tu croire encore en la voie, cet étrange chemin tout offert ?
par cyril berthault-jacquier publié dans : court
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Mardi 18 septembre 2007
J’ai hérité en ton sein d’une demeure
La chambre rouge nous confine au doux
Des fleurs poussent sur les murs
Le ciel au matin s’étire doucement
 
 
Du jardin je m’étends à l’allée
La rosée me lave de point en point
Tu traces de sillons, la belle terre
Je l’écoute raconter son histoire
 
 
Je retarde l’instant comme on arrêterait la nuit
La maison murmure et tremble d’appels
Nos bras se croisent sans faire résistance
Se faire don de peu d’un jour ; l’autre
 
par cyril berthault-jacquier publié dans : court
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Lundi 17 septembre 2007

Tes pointes m'assaillent. Je suis en ouvertures. Je laisse bien fermées les portes du raisonnable. Tu enfonces les portails de l'à venir. Qu’à cela ne tienne.

 

Comment pourrais-je une seule seconde haïr tes attaques? Il n'y a que toi qui puisses savoir l'ampleur sublime de mes démons. Je raye la nuit d'un coup de dent comme d'autres te mordaient le fion.

 

C’est dans le noir que je succombe. C’est vide et pourtant si soudainement coloré. Je ne sais encore par quel bout tu me tiens, je sais déjà par quelle veine je te terminerai. Je sais bien qu'un jour tu vas mourir, je ne sais encore par quelles mains.

 

Les mots que l’on se dits sont des tragédies vouées à la nuit. Tu as beau nier ta vie de trahison, tu restes prisonnier d'un secret à effacer.

 

Je demeure quoi qu’il arrive le mâle de ta peau. Je me répète tant que tu m'effaces. Je te fesse tant que tu me lasses.

 

Ton sexe me dure disais-je ici bas.

Pêche capitale et lettres majuscules.

par cyril berthault-jacquier publié dans : collaborations
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Dimanche 16 septembre 2007
-I-
 
Mon rêve indien survole la surface de l’entre nous. C’est nuit de lune, d’un noir à rêver, proche de la colline.
 
De l’eau, en silence, coule sur ta joue. Une fontaine fraîche, une rumeur, à moins qu’un souvenir…  Je ne sais pas.
 
J’en fais la récolte pour calmer ma brûlure. Le mouvement se fait lent. Je pause ma main sur le sommet de ta tête. Tu ne dis rien. Tu fais danse de nuit. Ton corps reprend souffle.
 
Nous en aurons bu des paroles muettes depuis toutes ces années. Nos rendez-vous de chair se sont installés par hasard, il y a loin, au pied de cette cime.
 
Nous redescendrons demain, comme toujours, nous redescendons. Au matin, la plaine sera faiblement éclairée par un astre qui nous est désormais familier.  
 
 
-II-
 
Pendant ce temps, dans une capitale européenne, un homme seul corrige à la nuit les dernières épreuves de son roman à venir ; ce livre autofictionnel pour lequel il redoute tant la force des vagues.
 
Il coupe le mot, taille la phrase, soigne la ponctuation d’un geste d’une précision chirurgicale. Comme si cela pouvait changer quelque chose…
 
La fatigue le gagne chaque nuit un peu plus. Il se lève de son bureau, ouvre grand la fenêtre, fume une cigarette sans envie. L’air est glacial.   
 
Le square, en bas de chez lui, a disparu, laissant place à une vaste plaine faiblement éclairée par un astre qu’il ne connaît pas. De l’eau, en silence, coule sur sa joue.
par cyril berthault-jacquier publié dans : collaborations
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Vendredi 7 septembre 2007

Je marche lent, une permission, d’allées en chemins, la recherche de la passe. Les yeux fermés, le paysage se soulève d’un peu. Le vent infiltré trouble l’idée du souvenir. C’est rouge comme le sommeil. Il se pourrait que cela soit un tableau sur le mur d’un hangar à l’abandon.
 
Montrons sans pudeur notre meilleur profil. Je préfèrerai toujours nos productions aux élans arrimés. La vie se déroule hors le musée. Tes scènes sont des bâtons rompus à des causes que je ne sais comprendre.
 
Quel que soit le chemin,
Quelle que soit la trace,
Quelle que soit la transe.
 
Divine errance, la chimie ne se résume pas à un ensemble de particules. Quelques grammes d’illusion dans la veine transparente et l’ouverture se fond. Nous aurons beau effeuiller toutes les marguerites de la terre, rien ne nous empêchera de bondir en avant.
 
Pauvres diables.  
par cyril berthault-jacquier publié dans : court
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Mercredi 5 septembre 2007
J’aimerais passer en chambre comme on passe un souvenir, m’étendre à tes regrets et conjurer ton désir.
 
Il y a peu encore, tu dormais profond et juste dans les draps blancs.
 
L’été se file à toute vitesse, les plages de la station rejoignent l’horizon, la maison s’entoure de vide. Seules les marées restent imperturbables. 
 
Il faudra penser, avant de partir, à couvrir les meubles. C’est important de penser à ces choses là. Il faudra également bien fermer les volets bleus, ceux qui claquent fort au vent de l’hiver.
 
Tu es parti. Cela fait des années que tu es là, pausé dans l’absence de toi. Je te cherche parfois, et je te retrouve sur une image vieillie que j’aurais pu accrocher sur un des murs du salon. Tu ne me quittes pas.
 
Cette maison est tienne plus que mienne. Dans le fond, moi aussi je ne fais plus qu’y passer sans trop bien savoir ce que je pourrais y chercher d’autre qu’une présence.
 
C’est déjà Septembre. Je rentre demain à Lisbonne. Je passerai en fin d’après-midi chez Luis chercher le chat.
par cyril berthault-jacquier publié dans : collaborations
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